Le bison roule sa bosse, portrait d’entrepreneur

20 mai 2021

Le clan Toupin-Demontigny élève des bisons et des wapitis sur leur ferme à Rawdon depuis 26 ans. Cette vocation inusitée est devenue, au fil du temps, une affaire familiale autour de laquelle un nombre grandissant de touristes gourmands gravitent.

Un soleil voilé couve le domaine de La Terre des bisons à Rawdon. Une maison en bois peint canari, la boucherie, est entourée d’autres bâtiments semblables et d’une demeure intergénérationnelle encore en construction. De l’autre côté de la petite route s’étend une série d’immenses enclos où paissent bisons et wapitis.

C’est la pétillante Josée Toupin, l’une des copropriétaires, qui accueille les visiteurs. Sa jovialité contraste avec la quiétude des lieux brisée uniquement par moments par les grognements feutrés des bêtes.

Photo par Simon Jodoin

Native du Plateau-Mont-Royal à Montréal, l’éleveuse n’était pas du tout destinée pour une vie en agriculture. Elle rencontre son mari très jeune dans le quartier Villeray. Or, le père de Josée possédait un chalet à Rawdon où Josée a passé plusieurs étés de sa jeunesse. En 1985, le couple construit une maison sur la terre à bois tout près où écouler les temps libres.

En avril 1992, Josée et Alain apprennent que la ferme voisine de leur terre est à vendre. Leur offre d’achat est acceptée en moins de vingt minutes. Abandonnée, la propriété de 400 acres n’était pas exploitée pour l’agriculture depuis 19 ans. « On voulait élever un cheptel qui reste à l’extérieur, donne de la bonne viande élevée naturellement, sans hormones ni antibiotiques. Le bison tombait parfaitement dans nos cordes », raconte Josée Toupin.

Si la propriétaire n’avait jamais pu imaginer se consacrer à l'élevage à temps plein deux décennies plus tard, sa famille en est aujourd’hui profondément ancrée. Fraîchement diplômé en études agricoles, son fils cadet, Jean-Philippe, prévoit reprendre le flambeau de l’entreprise familiale.

Josée Toupin, Alain Demontigny et Jean-Philippe Demontigny, photo par Simon Jodoin

Aujourd'hui, de nombreux voyageurs de Montréal, Joliette, Repentigny et les environs empruntent la route expressément pour s’approvisionner de bons produits à la boucherie sur place, visiter les vastes pâturages où résident les impressionnants bovidés, profiter d’une marche dans un sentier près des enclos et en apprendre plus sur le légendaire bison.

L’agrotourisme - le mariage entre le travail agricole et l’attraction touristique - exige un équilibre beauté-efficacité. « Il faut que ce soit beau, et surtout que ça sente bon, explique Josée Toupin, le sourire aux lèvres. Il faut jongler entre les visites guidées et l’entretien par des tracteurs souvent bruyants. »

Le passé douloureux des bisons

Josée nous invite à débuter notre exploration au Centre d’interprétation sur les grands gibiers d’élevage, un musée qui abrite en somme de belles oeuvres de taxidermie et de riches informations.

Dans un parcours culminant sur un tipi grandeur nature confectionné avec des peaux de bison, nous découvrons l’histoire tragique et mouvementée du bison, de la préhistoire jusqu’à la colonisation de l’Amérique. D’autres animaux immortalisés par la taxidermie, comme le loup et le wapiti jalonnent l’exposition.

Photo par Simon Jodoin

C’est d’ailleurs la riche histoire du bison qui a attiré Alain et Josée vers cet animal. « Ce qui nous a captivé, c’est qu’il existait à une époque 50 à 60 millions de bisons sur le continent et qu’avec l’arrivée de l’homme blanc, la race a pratiquement disparu », raconte Josée Toupin.

Le bison s’inscrit dans l’histoire de la colonisation par le fait que les Autochtones le chassaient pour leur subsistance. À l’arrivée des premiers explorateurs blancs en Amérique, ces derniers ont entrepris d’exterminer l’espèce pour mieux conquérir le territoire. Au début des années 1900, il ne restait plus que 700 à 900 bêtes sur le continent. Une poignée de protecteurs de l’environnement ont heureusement réussi à sauver les bisons de l’extinction.

Repus de découvertes, il est temps d’aller saluer les bêtes en chair et en os. Impossible toutefois d’entrer dans l’enclos, car les bisons peuvent facilement charger sur les humains sans crier gare. On se contente donc d’admirer les adultes et leurs petits de loin.

Plus d’une centaine de bisons vivent sur la ferme. Le jour de notre visite, une partie du troupeau doit migrer vers un autre pâturage, une opération qui demande beaucoup de préparation. Si les animaux perdent de vue l’entrée vers leur nouvel habitat, ils peuvent facilement se buter contre les clôtures pendant des heures. Heureusement, ce jour-là, l’impressionnante course du groupe vers l’herbe fraîche s’est déroulée sans anicroche en moins de quelques minutes.

Photo par Simon Jodoin

À la boucherie, on retrouve une myriade de produits issus de l’élevage du bison et du wapiti. La viande de bison est en effet convoitée pour sa saveur, sa texture et son apport nutritif. Elle se démarque du boeuf pour son goût fin de gibier et sa faible teneur en gras. 

Les congélateurs regorgent de différentes coupes et de saucisses à déguster à la maison, tandis que les étagères mettent en vedette le meilleur vendeur : le Tartin de bison. Semblable à du creton, il agrémente l’apéro, le brunch ou toute collation sous forme de délicieuse tartinade.

« Le tartin, c’est notre marque de commerce, détaille Josée Toupin. Au départ, on ne faisait que cuisiner les recettes familiales avec la viande de bison, puis on s’est retrouvés à adapter le creton de ma mère, tout simple, mais vraiment exquis ». 

La glacière et les réserves d’énergie pleines, nous prenons la route, inspirés par le parcours atypique d’une famille et de sa conviction de pratiquer le plus beau métier du monde.

Photo par Simon Jodoin

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